Connaissez-vous Yppolite Borrel ?

Un prodigieux artiste briançonnais

La première mention d’une pièce d’orfèvrerie pré-dauphinoise remonte à 879, à Vienne. Boson, souverain du royaume de Provence, fait confectionner un reliquaire d’or et de pierres précieuses destiné à la tête de saint Maurice, patron de la cathédrale de Vienne (reliquaire disparu en 1635).

 

Au Moyen Âge, Grenoble est le centre de l’orfèvrerie dauphinoise.

 

Dans les dernières années du 14e siècle, Grenoble est la principale ville du Dauphiné et attire les orfèvres qui tiennent boutique sur le pont de l’Isère.

 

Grenoble, pont sur l'Isère dans Album du Dauphiné 19e s

 

Les plus anciennes œuvres d’orfèvrerie conservées au poinçon de Grenoble (GROP) sont deux croix de procession venant du Monêtier et de Névache (1408).

 

Poinçon de Grenoble GROP

 

 

L’époque Renaissance : des commandes fastueuses.

 

À cette époque, les orfèvres de Grenoble sont au nombre de neuf et prennent le pas sur leurs confrères des autres villes de la province. Malheureusement, fort peu de leurs œuvres sont parvenues jusqu’à nous car anéanties tant par les guerres de religion que par le souci d’alimenter les trésors de guerre.

 

Des œuvres briançonnaises miraculeusement conservées.

 

Les quelques exemples qui subsistent de l’orfèvrerie religieuse du 16e sont en Briançonnais : 4 calices (il en existait 5 jusqu’au vol du calice de l’église de Névache en 2013), 2 croix de procession, 3 patènes, 1 boîte à hosties qui portent le poinçon d’un même orfèvre : Yppolite Borrel.

On ne connaît aucun prédécesseur à cet orfèvre exceptionnel qui a, semble-t-il, satisfait à lui seul aux commandes d’orfèvrerie religieuse de tout le Briançonnais de L’Argentière au Monêtier et de Névache à Oulx, pendant la première moitié du 16e.

Beaucoup d’œuvres de cet artiste ont certainement disparu mais celles qui nous restent témoignent d’une très grande qualité d’exécution. Tout porte à croire que le maître briançonnais reçut une formation grenobloise ou lyonnaise.

 

Comment a-ton découvert cet orfèvre ?

 

Fin 19e siècle, Joseph Roman avait identifié deux belles œuvres d’orfèvrerie dans les églises du Briançonnais frappées d’un même poinçon.

Lues au départ comme trois initiales cela donnait : LY B. On pensa tout d’abord à une origine lyonnaise et aussi Grenobloise. On pensa aussi au côté piémontais car ces initiales furent retrouvées sur une croix à Rochemolles et sur un calice à Jouvenceaux.

Le mystère resta entier jusqu’à ce que l’on étudie d’un peu plus près les initiales et que l’on découvre seulement 2 lettres YB, séparées par un rameau. C’est à dire un poinçon d’orfèvre et non pas de ville. On pensa tout d’abord à Yves mais ce prénom est inconnu dans le Briançonnais. On pensa alors à une forme plus ancienne comme Ysnard, Ysoard, Ymbert et surtout Yppolite, prénom très courant dans les Alpes.

 

Poinçon d' Ypollite Borrel

 

Ce sont les archives communales de Briançon qui ont révélé le mystère. Cité comme orfèvre, il fait partie en 1539 des habitants de Briançon réunis par les notables de la ville dans l’église des cordeliers à l’occasion de la constitution du nouveau cadastre.

Il est fils de Florimont Borrel et peut-être père de l’orfèvre Baptiste Borrel.

Consul de Briançon en 1543, il a une boutique au quartier de Castres, en haut de la ville.

 

Maison d' Ypollite Borrel au 16e siècel

 

 

Trois exemples de ses œuvres identifiées et conservées.

 

Une croix de procession

 

 

Croix de procession - Yppolite Borrel

 

Le nœud est entouré de 8 losanges en relief ornés de fleurs de lis dorées.

Chaque bras de la croix se termine par une grande fleur de lis précédée d’un quadrilobe, le tout entièrement bordé d’une bande perlée en argent doré.

 

Quadrilobe croix d' Ypollite Borrel

 

Le poinçon est répété 10 fois.

 

Main du Christ et poinçon d' Ypollite Borrel

 

 

A l’avers : le Christ, en argent fondu et ciselé, dont les cheveux, l’auréole et le pagne sont dorés, porte une couronne d’épines.

Il se détache, à mi-corps, sur une plaque carrée semée de  fleurs de lis repoussées et dorées. Il faut souligner les caractères très particuliers du visage du Christ, notamment le dessous des yeux gonflés. On retrouve ces caractères dans plusieurs œuvres d’YB.

 

Christ sur croix de procession d' Ypollite Borrel

 

Un calice et une patène

 

Le calice est la coupe utilisée pour la consécration du vin pendant la messe. Il est l’un des objets les plus précieux et les plus richement ornés.

Il va de pair avec la patène : petite assiette plate sur laquelle repose l’hostie.

 

Calice et patène Ypollite Borrel

 

 

La coupe est décorée de fleurs de lis au naturel.

 

Calice - Ypollite Borrel

 

Le nœud à boutons comporte des losanges gravés de quatre-feuilles.

 

La base est ornée de 8 lobes dont la tranche est ornée de motifs floraux.

 

Poinçon d' Ypollite Borrel

 

 

La patène, très simple, est ornée d’une main bénissante.

 

Patène - Ypollite Borrel

 

Miraculeusement épargnées, ces œuvres doivent leur préservation sans doute à leur beauté mais aussi aux anciens Briançonnais qui ont su les conserver intactes malgré les agitations religieuses, les guerres, les invasions, les incendies et les pillages. Ils sont des témoins de la ferveur religieuse dans notre région.

 

À part les œuvres d’Yppolite Borrel du 16e siècle, on ne trouve pratiquement plus d’œuvres briançonnaises avant le début du 18e.

 

 

 

Service du Patrimoine – Françoise Deshairs d'après : Les orfèvres du Dauphiné  - Gisèle Godefroy et Raymond Girard

 

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