Faire étincelle de toute eau

Produire de l’électricité avec de l’eau : l'idée n'a rien de neuf, à observer les centrales hydro-électriques de nos rivières. Mais turbiner de l’eau potable, des eaux pluviales ou l’eau des canaux, voilà qui est plus original !

Publié le 11/10/2019

 

 

Turbiner de l’eau potable, des eaux pluviales ou l’eau des canaux : c’est ce défi écologique que relèvent avec inventivité EauSHD et la Ville de Briançon.

 

 

Eau potable

Depuis 2016, un projet électrise EauSHD : turbiner l'eau potable entre le captage de la source de l’Addoux et le robinet des abonnés.  

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Micro-centrale de l’Addoux

En 2017, l’Agence Régionale de Santé donne son agrément, le turbinage n’ayant pas d’incidence sur la qualité de l’eau. Aussitôt, d’importants travaux sont lancés au Poët Ollagnier : démolition des brises-charges pour exploiter toute la pression de la canalisation d’eau potable de la source de l’Addoux, remplacement de la canalisation du captage par une conduite forcée et construction d’une micro-centrale. Une fois turbinée, l’eau rejoint le réseau. Mise en service en 2018, cette installation a produit en un an 400 000 kWh revendus à EDSB pour 47 000 €.  De quoi rentabiliser en 14 ans un investissement de 850 000 €.

 

Station des Airelles

Fort de cette 1ère expérience positive, EauSHD décide de turbiner une 2ème fois l’eau potable avant qu’elle n’alimente le réservoir des Salettes. Une 2ème station est bâtie sur le chemin des Fontaines avec une technologie innovante, inédite en France : le « turbinage en ligne » avec deux turbines. L’eau n’est plus turbinée à l’extérieur mais à l’intérieur des canalisations ! Entré en service à l'été 2019, cet équipement à 350 000 € offre un rendement à 65%, contre 95% pour la centrale de l’Addoux.

 

 Jamais 2 sans 3

Bien décidé à exploiter la force cinétique de l’eau potable jusqu’à la dernière goutte, EauSHD prévoit de la turbiner une 3ème fois mais à l’intérieur des canalisations de distribution, en aval du réservoir des Salettes. Estimé à 120 000€, ce projet pourrait voir le jour en 2020.

Et les canaux ?

Après l’eau potable, les Géo Trouvetou d’EauSHD se penchent sur les eaux de pluie (voir p. 10) et des canaux. En 2020, une partie de l’eau du canal Gaillard pourrait être prélevée, turbinée puis restituée à la Guisane. Ou comment réguler le débit du canal, trop élevé pour préserver la biodiversité de la rivière, en produisant au passage de l’électricité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Eaux pluviales

 

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Avec ses 1300 m3 de capacité de stockage, le bassin de rétention souterrain des eaux pluviales du Coeur de Ville a des allures de mini-barrage. D’où l’idée d’installer une turbine à sa sortie avant que les eaux de pluie ne regagnent la rivière. Une première en France !

 

Comment ça marche ?

Contrairement au réseau d’eau potable, au flux puissant et constant, le bassin de rétention déverse des débits faibles et variables selon le niveau des précipitations. Pas simple dans ces conditions de produire de l’électricité.
Heureusement, une innovation résout ce casse-tête : une turbine capable à la fois d’exploiter les faibles vitesses de fluides hydrauliques et de résister à des surpressions en cas d’intenses épisodes pluvieux. Conçue par la société Save Innovations, cette turbine révolutionnaire est en service depuis septembre 2019 dans une pico-centrale* souterraine aménagée par EauSHD dans le quartier Colaud. Elle valorise les eaux du bassin de rétention construit en 2018 par la commune, 3ème acteur de ce partenariat public/privé.

 

Les petits ruisseaux font les grandes rivières

« Une telle installation hydro-électrique, c’est du jamais vu en France, commente Jonathan Bonda, ingénieur des Services Techniques à l’instigation du projet. Ca existe, façon système D, dans les favelas brésiliennes, où les habitants turbinent les eaux de ruissellement pour faire marcher un grille-pain ou une télé. C’est de la micro-production à consommer sur place ! Notre pico-centrale éclaire des lampadaires situés à proximité ».
Cet aménagement de 67 000 €, auto-alimenté par un panneau photovoltaïque, permet d’optimiser un réseau d’eaux pluviales coûteux en le transformant en source d’énergie verte. Gérard Fromm, maire de Briançon, met en avant la philosophie du projet : « Lidée, cest de multiplier les sources d’énergies renouvelables dans la commune et de valoriser sur site une ressource disponible et inexploitée. En faisant essaimer ce type de pico-centrales, on pourrait rendre autonomes en électricité l’éclairage public ou les bornes de rechargement de vélo ! »

 

* Centrale d’une puissance inférieure à 20 kW

 

Le texte et les illustrations ci-dessus ont été publiés dans le magazine municipal Place Publique n°23, automne 2019. Vous trouverez ci-dessous un complément d'information, contenu enrichi par rapport au magazine.
 

 

Le réseau d'eaux pluviales à la loupe

Depuis 10 ans, dès qu'un chantier éventre le bitume, la municipalité en profite pour aménager un réseau séparatif eaux pluviales/eaux usées.

 

Comment ça marche ?

Contrairement au réseau unitaire, qui mélange eaux usées et eaux pluviales dans une même conduite, le réseau séparatif leur fait emprunter deux canalisations différentes. Les eaux usées sont envoyées vers une station d’épuration, où elles sont dépolluées puis renvoyées au milieu naturel, tandis que les eaux de pluie rejoignent directement la rivière.

 

Quel est l'intérêt du réseau séparatif ?

Il  réduit le volume d'eau à traiter  dans les stations d'épuration – et donc les coûts d'assainissement- et il prévient le risque de débordement d'eaux usées en cas de fortes pluies. C'est ce qui s'est produit en 2018 sur le chemin de la Croix du Frêne - encore en réseau unitaire - où les remontées d'eau ont fait éclater le bitume.

 

A quoi sert un bassin de rétention ?

Du fait de l'urbanisation, les sols sont moins perméables, ce qui génère des volumes supplémentaires d’eaux pluviales à gérer. Le bassin reçoit ce surplus, filtre les déchets et  régule le débit rejeté en milieu naturel.

 

Tous concernés

Pour limiter la construction de bassins de rétention, au coût élevé pour la collectivité, chacun peut faire sa part. 

L'objectif est d’infiltrer les eaux de pluie sur site plutôt que saturer les réseaux. Pour cela, il convient de privilégier les sols naturels, perméables, lors de l'aménagement de son terrain et d'installer au besoin des systèmes de rétention sur sa parcelle (jardin de pluie, cuve...)

 

 

 

 

 

 

 

 

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